La mélasse noire est différente du sucre blanc. On entend parfois dire : « Pourquoi ne pas utiliser du sucre ? » Le sucre blanc apporte du carbone, certes, mais il lui manque la richesse en composés présents dans la mélasse et il peut se dissoudre et stimuler rapidement l’activité microbienne. La mélasse est certes riche en sucre, mais c’est un sirop plus complexe, avec un profil nutritionnel et minéral légèrement plus étendu. La principale différence réside cependant dans son utilisation. Le sucre est souvent utilisé de manière plus informelle, ce qui peut mener à un surdosage. Les utilisateurs de mélasse la considèrent généralement comme un ingrédient plus réfléchi. Cette réflexion est essentielle. Pour obtenir les meilleurs résultats, il est conseillé d’utiliser une petite quantité dans un milieu vivant et bien aéré, et d’observer attentivement la réaction.
Si vous utilisez un système de culture en terre vivante, la mélasse noire s'y intègre naturellement, car ces systèmes reposent sur le cycle microbien. Par exemple, un mélange de terre avec du compost, un matériau aérant et des amendements organiques possède déjà une vie microbienne active. Dans ce contexte, une petite quantité de mélasse peut la soutenir. En revanche, si vous travaillez dans un système stérile ou quasi stérile, la mélasse a moins d'utilité, car il y a moins de micro-organismes à nourrir. Dans ce cas, elle peut parfois favoriser une prolifération microbienne indésirable, notamment dans les tuyaux, les contenants ou sur les surfaces, surtout par temps chaud. Cela ne signifie pas qu'elle est inutilisable, mais son intérêt est moindre, sauf si vous cherchez intentionnellement à cultiver des micro-organismes bénéfiques.
On peut aussi considérer la mélasse comme un lien entre les différentes phases de développement de la plante et celles des micro-organismes. Les plantes modifient la composition de leurs excrétions racinaires en fonction de leur phase de croissance. Lors d'une phase de forte croissance, la plante sécrète davantage de composés qui attirent les micro-organismes impliqués dans le cycle des nutriments. En cas de stress hydrique, ces exsudations peuvent être modifiées. Pour maintenir la stabilité de la biologie de la zone racinaire lors de changements, un apport ponctuel et modéré de mélasse peut contribuer à éviter l'effondrement des populations microbiennes. Par exemple, si votre sol est sujet à des périodes de sécheresse excessive, l'activité microbienne peut ralentir. Lors de la réhumidification, les micro-organismes peuvent mettre du temps à se rétablir. Un apport modéré de carbone pendant cette période peut s'avérer utile. L'important est la modération. Un excès d'apport après une période de sécheresse peut provoquer une prolifération excessive de bactéries et une chute du taux d'oxygène, surtout en cas de réhumidification importante.
Voyons maintenant concrètement quand utiliser la mélasse. Elle est généralement idéale si votre substrat contient déjà de la matière organique, que le drainage est bon, que la zone racinaire dégage une odeur saine et que vous recherchez une croissance régulière et naturelle. En revanche, elle est déconseillée si votre substrat est lourd, si votre arrosage a tendance à le maintenir trop humide, si vous avez des problèmes de moucherons ou de fourmis, si vous avez déjà eu des problèmes racinaires ou si vous cherchez à corriger rapidement une carence. Dans ces cas-là, la mélasse peut être inefficace, voire aggraver la situation.